AblaZine

LOVE LIES BLEEDING
Interview avec Adrastis (guitares / basse / claviers), août 2003.

Loin du flot de médiocrité véhiculé par la scène Black Symphonique française, LOVE LIES BLEEDING fait partie de ces rares formations qui redonnent enfin un sens à ce courant musical si souvent dénué de véritable recherche artistique. Après sept ans d’existence et trois albums, nous avons voulu, à notre tour, vous présenter ce mystérieux groupe parisien duquel émane un talent certain …

Peux-tu nous présenter LOVE LIES BLEEDING en quelques mots ?

Adrastis: Chaos mélodique. Grandeur des profondeurs.

Comment qualifierais-tu l’évolution du "groupe" depuis ses débuts ? Et justement, aujourd’hui, comment perçois-tu "Behold My Vain Sacrifice", ton premier album ?

Adrastis: Musicalement, LLB a beaucoup évolué, sans pour autant dévier de son but initial : Représenter musicalement ce qui m’anime. Après, il s’agit d’une maturité d’expression : Je ne renie pas du tout Behold…, même s’il est évident que je ne referai jamais un album de la sorte, beaucoup moins violent, peut être même trop clair et trop propre. Mais c’est normal : J’ai composé certains morceaux de cette album alors que je n’avais que 17 ans.
Pour chaque nouvel opus, c’est juste une question de « Kairos » : J’essaie d’être exactement au moment opportun dans l’expression de ce que je suis. Ni trop tôt, ni trop tard. C’est le présent qui m’intéresse, pas une virtualité morte. C’est le présent en tant que mouvement que je veux transposer. Il y a 7 ans, Behold… fut ce que j’étais.

LLB est souvent comparé à des groupes comme LIMBONIC ART et ANOREXIA NERVOSA... Ces appréciations te paraissent-elles justifiées ?

Adrastis: Pour ANOREXIA NERVOSA, je ne suis pas du tout d’accord… Ce n’est pas parce que deux groupes mélangent BM et musique symphonique qu’il faut les rapprocher. Il s’agit de comprendre ce qui s’y dit, s’y développe et en ressort.
Par contre, je me sens beaucoup plus proche de LIMBONIC ART quant à l’atmosphère et les méthodes de composition.

As-tu une vague idée de votre degré de notoriété, que ce soit en France ou à l’étranger ?

Adrastis: Alors, je n’en ai vraiment aucune idée. Je pense que le nom circule un minimum, mais je ne sais pas du tout dans quelle proportion. Depuis le premier album, il y a un certain succès d’estime, c’est tout ce que je peux dire…

Globalement, comment a été accueilli "Ex Nihilo", ton dernier opus ? Est-ce que tu attaches beaucoup d’importance à la critique d’une manière générale ?

Adrastis: Les chroniques ont été très bonnes. Même si le léger sentiment de satisfaction qui peut m’envahir est assez satisfaisant, ce n’est absolument pas primordial puisque, principalement, je ne fais pas de musique pour qu’elle plaise aux autres. C’est juste une façon pour moi de dire ce que je ne peux dire autrement. Ca m’inquièterait même s’il y avait un trop grand consensus positif. Je ne me veux pas universel, ni dépecé.

Olivier d’EROS NECROPSIQUE intervient sur "Acedia" le titre d’ouverture de l’album. Comment as-tu été amené à travailler avec lui ? Es-tu personnellement fan d’EROS NECROPSIQUE ?

Adrastis: J’ai connu Olivier par Jeanne (qui chante sur SIN et EX NIHILO) puisqu’elle est, avant tout, chanteuse dans EROS NECROPSIQUE.
J’aimais beaucoup le travail d’Olivier sur sa voix et je me suis dit que le mariage avec une musique plus violente pourrait être intéressant. Et je ne suis pas du tout déçu. Sa déclamation de la prose de Cioran sur Acedia est un des moments forts de l’album, je pense.

Le visuel qui illustre "Ex Nihilo" est assez inhabituel pour du Black Symphonique, assez moderne, allant de l’épuré au chaotique, avec cette spirale d’or sur la cover qui évoque l’infini… Que peux-tu nous dire la dessus ?

Adrastis: Pour la pochette, j’ai collaboré avec SECT, également auteur du site Internet. Je lui avais simplement fait part de l’idée générale de l’album : La création, l’émergence de l’Etre face au néant. Rien de plus. C’est lui qui a tout orchestré.
L’intérieur du livret a été crée par 13, un artiste qui n’a rien à voir avec la scène Metal. Son point de vue très « abstractisant » m’a beaucoup intéressé. Il a repris la dynamique de la cover tout en allant vers l’épure la plus totale pour parvenir à l’essence même du mouvement.

Je remarque également à travers vos différentes réalisations que LLB n’a pas vraiment de logo…

Adrastis: Non, Love Lies Bleeding n’est pas une marque. Je me réserve le droit de changer le logo à chaque album… Mais ce n’est pas dit non plus que je le fasse systématiquement. Rien n’est définitif. Pour le premier album, je voulais un logo plus « romantique », fait de courbes et d’entrelats. Pour S.I.N., il me fallait quelque chose de plus violent, de beaucoup moins fin. Et pour Ex nihilo, c’est la complexité et une certaine modernité qui furent les maîtres mots.

Pourquoi les textes ne figurent-ils pas sur le livret ? Peux-tu nous éclairer sur les thèmes qui sont développés dans l’album ?

Adrastis: Les paroles ne sont pas cachées parce que j’en ai honte (on peut d’ailleurs les consulter sur le site), mais parce que je ne veux pas distraire l’auditeur de sa plongée musicale. Je ne veux pas qu’on pense quand on écoute LLB, mais qu’on ressente. Pour cela, la raison doit être sollicitée le moins possible. Aucune extase, aussi bien mystique que musicale, ne peut s’opérer si l’intellect est dans les parages…
Il y a donc néanmoins des textes, mais qui ne doivent être lus pendant l’audition. Pour la plupart de l’album il s’agit d’une réflexion sur l’essence de l’art, qui nous rend égal de Dieu, à savoir pouvoir faire naître quelque chose là où, auparavant, il n’y avait rien.

Je sais que tu es très porté sur la philosophie. Est-ce que justement cela influence d’une quelconque manière l’écriture de tes textes, je pense notamment à Cioran que tu as cité à plusieurs reprises dans tes albums ?

Adrastis: En fait, la philosophie n’a jamais directement influencé mon style d’écriture, mais plutôt les thèmes abordés et les réflexions qui en découlent. Je me sens très proche de Cioran, mais il y a toute une partie de son style qui ne se marie pas avec la musique que je fais. J’avoue ne pas me sentir capable de créer de la musique ironique. Peut être plus tard.

Peux-tu nous expliquer comment se déroule le processus de composition des morceaux ? Quelles sont tes différentes sources d’inspiration ?

Adrastis: C’est la chose la plus inexplicable qui soit, et c’est justement le thème de l’album. D’où vient l’inspiration ? Est ce une énergie qui me traverse ou une force qui préexiste et qui se réveille en moi ?
Si on la considère comme élément essentiellement métaphysique, on pourrait même affirmer que toute la musique existe déjà et que nous sommes juste des vecteurs qui la reproduisons dans le monde sensible. Même si je ne souscris pas tout à fait à cela, je pense tout de même que la création est juste la concrétisation d’un potentiel. Il y a une infinité de possibles, et c’est le réel qui, par mon intermédiaire, va faire le tri.
Il y a donc le savoir faire du musicien, bien sûr, mais là il s’agit de technique. Pour le reste, il faut se laisser guider par les muses…

Quelles sont tes principales références musicales ? Y a-t-il des artistes qui t’ont profondément marqué, voire influencé ?

Adrastis: A toutes les époques de ma vie, des artistes m’ont accompagné ; et donc, dans une certaine mesure, influencé. Tout est question de cycle.
Pour ce qui a touché plus directement LLB, je peux aisément citer EMPEROR ou LIMBONIC ART. Mais ils ne sont pas les seuls, et je pense que le simple fait d’écouter quelque chose peut influencer, plus ou moins consciemment. Je ne cherche pas à copier, mais juste faire ce que je ressens.

Que penses-tu de la scène Metal Extrême et plus précisément parisienne, puisque te concernant directement ?

Adrastis: Il y a vraiment de bons groupes comme Arkhon, Antaeus, Temple of Baal, Olc Sinnsir etc. Par contre, niveau BM Sympho c’est assez vide ou insignifiant…

Quel regard portes-tu sur les formations Black Symphonique actuelles ?

Adrastis: Je ne m’y intéresse pas vraiment.. Aucun groupe n’a retenu mon attention dernièrement dans ce style.

LLB est une formation plutôt discrète. Est-ce une volonté votre part que de garder une certaine part de mystère ?

Adrastis: Non pas vraiment. Peut être simplement parce que mon ego passe après le projet.

Je crois savoir également que la scène n’est pas vraiment à l’ordre du jour…

Adrastis: Non.
J’y ai pensé pendant un moment, mais j’en ai vraiment conclu que la musique de LLB n’est pas faite pour la scène.

Peux-tu nous présenter les autres musiciens qui ont participé à "Ex Nihilo" ? Quels sont leurs antécédents musicaux et sont-ils impliqués dans d’autres projets ? Participeront-ils également au prochain album ?

Adrastis: Emrys est au chant Black, Jeanne au chant féminin, Nikki au chant clair masculin, Hydraoth à la batterie. Je m’occupe du reste.
Ils viennent d’horizons différents : Jeanne est dans EROS NECROPSIQUE, Nikki est un chanteur baroque, Hydraoth et Emrys sont plus dans le BM….
Je ne peux jamais savoir qui va jouer sur le prochain album. Ca dépend de beaucoup de paramètres, à commencer par leurs emplois du temps respectifs mais aussi ma volonté de travailler avec tel ou tel musicien. En général, je compose l’album puis, quelques mois avant l’enregistrement, j’essaie de voir avec qui je voudrais/pourrais travailler…

Emrys, ton vocaliste, a déjà écrit plusieurs textes pour LLB. Cela signifie-t-il pour autant que le degré d’implication des musiciens qui t’entourent pourrait évoluer ?

Adrastis: Non pas du tout. LLB reste un projet solo qui reflète ce que je suis. Je ne cherche pas à créer une communion comme dans un groupe normal. Cela ne m’intéresse pas pour ce projet.
Emrys écrit des textes justement parce que j’estime que son sens de l’écriture se rapproche de ce qu’est LLB. Peut être qu’il n’en écrira pas pour le prochain, ou peut-être en écrira-t-il plus, je n’en sais rien…

Comment se passe ta collaboration avec le label autrichien CCP Records ? Est-il prévu que celui-ci sorte ton prochain opus ? Que penses-tu des autres groupes qui y sont signés ?

Adrastis: Ca se passe plutôt bien avec CCP. J’ai beaucoup de liberté, j’enregistre quand je veux (et dans leur propre studio, ce qui veut dire qu’il n’y a aucune contrainte au niveau des délais).
Nous avons déjà discuté du prochain album. Au plus tôt, il sera enregistré début 2004, mais rien n’est encore fixé précisément. Quant aux autres groupes signés chez eux…. no comment.

Pourrais-tu nous parler de ton passé musical ainsi que de tes projets parallèles et de leur actualité respective ?

Adrastis: En fait, j’ai d’autres groupes, d’autres projets, d’autres collaborations, mais je ne veux pas mélanger, donc je n’en parlerais pas.

Pour en revenir à LLB, quels sont tes projets pour les mois à venir ? Un quatrième album est-il déjà en préparation ?

Adrastis: Pour l’instant, LLB est en stand by. J’ai besoin de savoir exactement vers quelle direction m’orienter. Je n’ai que des ébauches qui mettent du temps à prendre forme. Je ne veux surtout pas me presser. Il y aura donc certainement plus de temps que d’habitude entre la sortie de deux de mes albums. Je peux juste dire que l’approche des claviers sera quelque peu différente…

Et bien merci de m’avoir accordé un peu de ton précieux temps. Toute l’équipe d’AblaZine se joint à moi pour te souhaiter un bonne continuation. Je te laisse le soin de conclure…

Adrastis: Visite notre Site In Negation : http://loveliesbleeding.fr.st/


Lan
15/08/2003
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